Hommage
13-Mar-10
Hommage
to the happy few, bien au nord du mois de juillet
Hommage
Vu l’exposition Munch à la Pinacothèque de Paris ce samedi. Je suis contre ce lieu, tout simplement : les salles sont sombres, les œuvres pas mises en valeur, les gardiens désagréables et bêtes, la foule par trop dense (mais j’en fais partie). Pour Munch, avis nuancé : j’aime beaucoup les expressionnistes, mais préfère les grands Allemands (Nolde, Kirchner). Et ce grand Norvégien maladif, là, avec ses visages tuméfiés et sa façon de gratter les toiles, il me fiche un peu les jetons. Ce que je reproche aussi aux commissaires de l’exposition, c’est tout simplement de nous prendre pour des cons : avoir intitulé l’expo “L’Anti-cri” sous-entend que Munch aurait fait des choses radicalement différentes de la toile qui l’a rendu célèbre. Bien sûr, c’est faux, ce tableau s’ancre dans un style qui est le sien et se décline en gravure, toile, carton, etc, tout plein de visages de morts-vivants et de paysages qui donnent le tournis. Bon, je suis contente parce que je voulais en savoir plus sur ce peintre, mais que la Norvège le considère comme le plus grand peintre du monde (d’après le texte d’explication de l’expo, toujours nous prendre pour des cons là aussi), c’est peut-être exagéré (donc).
La Madone ou l’Anti-cri de Munch. C’est sûr que ça va beaucoup mieux comme ça.
Écouté le grand Gérard Souzay interpréter les Mélodies de Fauré. Ma préférée reste Tristesse, un poème de Gautier. N’appelant aucun commentaire, l’œuvre s’écoute en ligne (j’aime pas les vidéos statiques, mais je n’ai pas le choix). “Aristocratique” serait le seul adjectif en commentaire.
Rien à voir mais, ce week-end aussi, discussion sur le cas Christian Clavier, avec un ami. Nous nous sommes dit qu’il a pu être drôle, notamment dans Le Père Noël est une ordure, mais que la faiblesse de l’acteur se mesurait aussi à son encroûtage dans d’identiques rôles de folles ou de doux dingues. La prétention à vouloir être autre chose qu’un bouffon le rend bouffon non volontaire en plus (exemple : Napoléon). Et, tout ami du Président qu’on soit, quand on en est réduit à faire des pubs radiophoniques pour Casino (”Casino, c’est bien, parce que c’est vous” op. cit.), on tâche de pas la ramener.
Ps : on aura vu de quel amour Jérôme Leroy, qui aime Flaubert, aime CNRS Éditions et/ou les membres de son service de presse. Il n’y a pas d’amour, que des preuves d’amour, blablabla…
[...] “Je viens d’écrire infinie. Je n’ai pas intercalé cet adjectif par entraînement rhétorique ; je dis qu’il n’est pas illogique de penser que le monde est infini. Le juger limité, c’est postuler qu’en quelque endroit reculé les couloirs, les escaliers, les hexagones peuvent disparaître – ce qui est inconcevable, absurde. L’imaginer sans limites, c’est oublier que n’est point sans limites le nombre de livres possibles. Antique problème où j’insinue cette solution : la Bibliothèque est illimitée et périodique. S’il y avait un voyageur éternel pour la traverser dans un sens quelconque, les siècles finiraient par lui apprendre que les mêmes volumes se répètent toujours dans le même désordre – qui répété, deviendrait un ordre : l’Ordre. Ma solitude se console de cet élégant espoir “.[...]
Jorge Luis Borges - Fiction.
extrait de La Bibliothèque de Babel. (Folio, trad Ibarra).

“- Salut, c’est cool de passer me voir. Je tenais justement à te faire un feed back après notre dernier troubleshooting. J’avoue que j’ai été surpris par quelques uns des slides que tu nous a présentés. Tu te rappelles que nous avons eu à ce sujet ce qu’aux US on appelle un “violent agreement”. Après réflexion, je suis en phase sur le fond, mais sur la forme je dois te faire un warning sur quelques uns des bullet points de ta job description. Je te rappelle d’ailleurs que c’est toi qui l’as écrite alors si tu n’es pas content, tu vois ce que je veux dire. On en parlera au moment de ton éval. Donc, il faut que tu travailles ton leadership et implémente ASAP du team-building et des incentives. On peut aussi faire rentrer des ressources de consulting, on n’est pas rat chez Brouzouf.com côté jour/homme. Si tu as besoin d’ETP, pas de problème, on staffera. Notre RH assure dans le sourcing, je ferai le go beetween si besoin. Et côté orga, je suis toujours open sur du fine tuning. Comme demandé dans mon mail du 24/02 11h13, forwarde-moi ton executive summary RH et je reviens vers toi. C’est en top sur ma to do. Tu sais, l’essentiel c’est de monter ensemble une task force pour délivrer des quick wins et de généraliser les best pratices. Bon, voilà, c’est tout pour aujourd’hui, je suis super content de cet échange.
- Ah. Moi aussi.
- Allez, bonne journée, et garde la pêche.”
Un exercice dada difficile, brillamment mené par Matthieu, lecteur et commentateur fidèle de ce blog, spécialement pour Stello. Remercions-le pour le caractère authentiquement chiant de ce qu’il nous livre.

Je détiens la preuve que les intermittents du spectacle existaient avant même le statut (et la polémique) qui les a vu naître.
Et forcément, là, j’aggrave mon cas. On a appellera cela une fixette ou, dans un langage un peu plus spy-ki-a-trik, un Trouble Obsessionnel Compulsif. En plus, comme j’ai toujours rêvé de rentrer à l’intérieur de l’hôpital Sainte Anne, ça tombe très bien. “Quelque chose qui sortait un peu de l’ordinaire” ? Avec Michel Fugain ? Tu planes total là Joe, c’est philosophiquement impossible.
Mais enfin. Vous n’allez pas me faire croire que dans le cas présent (pas de choré minable, pas de chorus à l’amiable), ils sont pas payés à rien foutre, ces abrutis pleins de poux nichés derrière un barbu qui les subventionne (mais ya des avantages en nature, vu qu’il se tape sans doute la blonde), ce tas de pédoques haschichés et réjouis en pull à loutre. Encore que je ne suis pas toujours très claire quand je réfléchis au sujet des intermittents du spectacle. Je crois toujours préférer payer des gauchistes à branler du vent que de cautionner le banditisme des traders. Non mais c’est incroyable tous ces méchants quand on y pense trois minutes. C’est pas bientôt fini ? A quand le règne des gentils ?
Enfin, ne courez pas trop vite. Le point orgasmique de l’absurdité d’une journée ordinaire n’est seulement atteint qu’en dénichant Yann Moix tout satisfait de lui devant Karl Zéro (Sarko Info de ce soir sur BFM TV, en laïve) et rester simple en se comparant à / en se prenant pour “Charles Péguy dans l’affaire Dreyfus” (mais je suis vraiment qu’une putain de slasheuse alors ///// voir la fin de mon post précédent). Yann Moix comme un Zorro dans l’affaire Polanski haha, la totale.
Idiots / tes, c’est pour rétablir la parité sur ce blog, et aussi parce que les femmes ne sont rien que des petites connes, et d’ailleurs Faut toutes les buter, comme dit François Brigneau. Dénoncez-moi d’urgence à la HALDE car ce disant je les stigmatise lourdement. Mais elles me saoulent aujourd’hui — à de rares exceptions, que j’évoquerai ci-après. Merde, j’aurais dû attendre la Journée de la femme, c’eût été plus à propos.
Bien linké, bien fourni, j’ai pas mal de choses à dire, c’est heureux, mais d’abord ceci à “partager” (génial, je parle comme sur Del.icio.us, c’est trop vulgaire) : une vidéo de l’une de celles qui auraient pu être mes maîtresses si j’étais un homme ou une homosexuelle (on retrouvera dans le lot, notamment, Françoise Hardy et aussi Lauren Bacall – ben oui, quitte à être lesbienne, autant être exigeante). L’élection de Marisa Monte dans mon Panthéon ne dissimule en fait qu’une considérable admiration pour ses chansons, sa voix, sa présence, sa grâce dans l’action et sa volonté pérenne de nous faire du bien en l’écoutant : Marisa Monte, pour qui je voterai sans doute en 2012, si le choix reste aussi pourri que depuis 30 ans et quoi je me fasse bien à l’idée de ne plus voter de ma vie (ma carrière de voteuse aura donc été de très courte durée à l’échelle d’un parcours de citoyenne, mais rien qu’en l’écrivant c’est marrant mais je m’en bats la race).
En plus, son violoniste du premier rang est sexy en diable.
Ah Marisa, comme tu m’aères l’âme par ton doux chant d’Atlante et comme tu me sors de l’esprit le Ministre de la Jeunesse et des Sports de la République Française (telle qu’en elle-même, avec son prénom de mythe hindou) que j’ai regardé dimanche soir à la télé (France 5 je crois) et qui se la raconte à mort sans se rendre compte qu’elle fait pitié avec son idée de progrès social par les activités sportives (gé-nial), et qui n’a que le mot de République à la bouche (je crève juste d’envie d’entendre un jour cette bande de mous du patriotisme me parler de la France, qui était mon pays, et non leur abstrait et stupide mot de République, mais c’est plus possible vu qu’on n’est plus en France et qu’ils le savent très bien, et s’en gargarisent même ; ce n’est même pas par reste de royalisme que je dis ça, c’est pas cohérence, mais ils l’ont perdue, comme la France, etc). Moi aussi, comme beaucoup, je nique la France profond si elle est juste la République. Ben voyons, notre ministre des Gazelles Adidas et des boissons énergisantes est trop occupée par le diktat de la diversité, voire de la bio-diversité pour penser à la France, attendez. Je vous renvoie sur ce à l’article de blog de ma camarade Marie-Thérèse Bouchard. Mais allez vous faire mettre avec votre débat moisi sur l’identité nationale (quelle identité, quelle nation, etc, débattons-en un peu ouais, ça m’étonnerait qu’on tombe d’accord).
Bon, ça, c’est fait.
Et ça fait du bien là où ça fait mal, comme le Synthol.
Tu serais également étonnée, Marisa ma candidate pour 2012, ange brésilien de mes rêves, de savoir que la littérature, sensée nous élever au-dessus du pire, se mêle de considérations partisanes et fait tout (l’édition, peut-être pas la littérature) pour rendre les enjeux politiques plus importants même que la valeur d’un livre. A moins que des livres, tu t’en cales. Mais quand j’écoute tes chansons, ma belle Marisa, je me dis que ce n’est pas possible. Je pense à la polémique dégradante qui sévit autour des Éditions La Baleine, à propos de la réédition de Faut toutes les buter de François Brigneau, que d’aucuns considèrent comme un putain de polar, et ce malgré les opinions plutôt carotte vichystes de son auteur. Défendre ce qu’est un bonne œuvre d’art est supérieur à la défense de la bien-pensance de mon point de vue (je suis une dingue de Marinetti, mais aussi de Maïakovski, notez bien, et ce non pour me rattraper, car ceux ou celles qui connaissent ma chambre auront remarqué, accolés au miroir, mes fiers aviateurs soviétiques les yeux rivés vers le Grand Soir, à côté de ma prière à Sainte Rita : c’est la même Espérance, celle du temps où l’on avait des couilles, mais passons).
D’autant qu’on en a plein, des livres absolument nuls et bien-pensants voire non-pensants et qui saturent les devantures et les pages cultures (ure, comme confiture aux cochons que l’on donne, aussi, et par trop, à ces consummateurs de loisirs loisibles, quand il arrive que des livres immenses soient tout bonnement ignorés par la tourbe, mais après tout qu’est-ce qu’on s’en branle des cons) ; sinécures et gratuités des feuilles de choux, nous en avons pléthore. Ouais, la nullité, c’est vraiment pas ce qui manque dans le paysage pseudo-intello-culturel (un merveilleux trompe l’œil made in Libé), alors vous au moins cher ami Jérôme, auteur d’un Poulpe chez La Baleine, je vous interdis (relativement car je n’ai qu’un faible pouvoir sur vos impulsions efftépistes) de vous prendre vous aussi pour un Jean Moulin dégradé à la sauce 21 avril qui préfère la bien-pensance à l’exigence (NON !, comme la Une genre résistance-qui-chie-dans-son-froc, celle du 22 avril).
En bref, pour terminer, plus réjouissantes sont les perspectives offertes en ce moment par Mlle Serrell de Radio Nova, puisqu’elle nous informe qu’il est dorénavant possible de dire “fuck” aux conventions rien qu’avec un clavier d’ordinateur, dans son article Révoltez votre clavier, qui retient ma sympathie, tellement que j’en parle aussi à mes proches. Alors OUI aux MAJUSCULES du raisin et de la raison de la colère, OUI aux points-virgules de la préciosité et de l’asyndétic attitude, OUI aux slashs du vomi de pogo sur fond de Jimmy Jazz.
Lorsque Jean-Marc Bastière m’a parlé pour la première fois de son roman, c’était à la fin du printemps dernier. M’avait surprise ce drôle d’objet littéraire qui me parut être social autant qu’introspectif, tiré de la manne personnelle autant qu’il semblait s’inspirer de tout ce qui n’était pas l’écrivain. Ce livre mystérieux qui dans mon idée tirait les leçons de l’humilité, de la distance narrative et du travail réaliste à opérer sur les personnages. Ceci, car Jean-Marc m’avait donné des pistes personnelles en matière de récit, de cohérence et de trame qui tient debout pour mes propres affaires à cette période-là.

J’ai donc attendu janvier pour découvrir le livre dont nous avions parlé les six mois précédents. Je fus heureuse de découvrir mon ami sur page, à l’épreuve de l’édification d’un roman, même si je sais qu’il en a déjà écrit un, que je n’ai pas lu. Mais en lecture, cher Jean-Marc, ce ne sont pas les aspects techniques de ton roman qui ont retenu mon attention, c’est la chair même du texte qui a pris mon cœur. Lazare est de retour est un roman vraiment chrétien mais – et ce n’est pas contradictoire concernant cet ami, moi, ou d’autres personnes de ma connaissance – charriant une noirceur douloureuse, maladive, appréhendable comme le juste contraire de l’Espérance. En allant pourtant cueillir dans Lazare la Foi et la Charité, je trouve l’Espérance parce que, seul contre tous, le personnage principal de Jean-Marc est bien vivant, au sortir du royaume des morts. Plus vivant que les vivants l’entourant (qui ont l’air de morts). De retour, c’est-à-dire dans le titre de Jean-Marc, ressuscité.
Lazare est de retour raconte à rebours la vie d’un homme qui se retrouve dans la rue, le pourquoi de cette dégradation et de cet état de caste, en même temps que nous cheminons dans son présent vers la fin de sa servitude, de sa marginalisation et de son auto-détestation. Selon les chapitres, nous sommes en pente descendante (pourquoi est-il devenu SDF) ou ascendante (comment redevient-il un vivant). C’est ce procédé narratif original et bien mené qui permet une vision à 360° et une connaissance intime du sujet. Nous découvrons l’avant-vie d’un clochard : un clodo a été un homme respectable, un homme aimé ou un homme aimant ; nous assistons à sa seconde naissance, pénible mais épiphanique. Entre les deux, la mort : cette longue période douloureuse et blanche dont il semble se souvenir à peine dans les faits, mais qui l’a scarifié pour toujours. Jean-Marc accorde d’ailleurs peu de place au temps du tombeau dans l’économie du récit, mais celui-ci résonne à travers tout le livre : avant le tombeau, Lazare était un malade de l’existence ; après, il opère un changement de peau (« Les peaux mortes tombées, l’homme nouveau allait-il renaître ? », au chapitre 39, et c’est tout l’enjeu du livre).
Le Lazare du roman fait référence aux deux figures de l’Evangile : celle de l’ami de Jésus dans St Jean, le frère de Marthe et de Marie, mort et ressuscité après que le Christ intervient en sa faveur, et dont la mort provoque les larmes du Seigneur ; celle du pauvre de la parabole récitée aux disciples dans St Luc, qui meurt, que le riche a malmené durant sa vie terrestre, le même riche auquel il manque l’Espérance, la Foi et la Charité (il ne met pas sa confiance en Abraham quand il se retrouve aux Enfers, et jamais il n’a partagé, de leur vivant mutuel, un repas ou des habits avec Lazare). Lazare, qu’il soit pauvre ou aimé, révèle à lui seul l’humanité du Christ.
Que Lazare lutte pour refaire surface, face à des évidences qui ne le sont plus, le pousse à édifier des murailles de peur pour se protéger du monde. Le monde, se sont les personnes qu’il croise, adjuvantes, opposantes ou – pire – anesthésiées, rendues neutres, mortes. Qui a été son épouse, dans un couple qui ressemble à une passion estudiantine prolongée, donc manquée ; qui est ce père peu connu et laconique qui l’a quitté trop tôt ; de quelle maternité l’a aimé cette mère empressée de se remarier, appâtée par le confort et les richesses matérielles ; et Martin, le fils mort à l’aube de l’existence, n’est-il pas sa plus grande blessure ? Comment ne pas voir en Lazare l’amputé de l’amour ? Dans un roman qui ressemble à une psychanalyse sauvage, nous grandissons, pleurons et vivons avec Lazare. Nouveau né de plus de quarante ans, il ressuscite avec le concours d’un mystérieux bienfaiteur (Georges, qui l’accueille dans une onirique demeure de la rue de Varennes à Paris) et surtout de sa fille, Ludivine, dont le prénom pour Jean-Marc a pu signifier lumière. Oui, Lazare est bien l’ami de Jésus : la résurrection et la vie sont les fruits de la souffrance. Elle a du sens.
Dans ce roman profondément chrétien, au tourment décortiqué, c’est au Christ que pourrait revenir le dernier mot : “Enlevez la pierre !”.

Lazare est de retour, janvier 2010, Stock.
L’acheter en ligne, à la Procure (tant qu’à faire).
Le dessert était fini ; on passa dans le salon, tendu, comme celui de la Maréchale, en damas jaune, et de style Louis XVI.
Pellerin blâma Frédéric de n’avoir pas choisi, plutôt, le style néo-grec ; Sénécal frotta des allumettes contre les tentures ; Deslauriers ne fit aucune observation. Il en fit dans la bibliothèque, qu’il appela une bibliothèque de petite fille. La plupart des littérateurs contemporains s’y trouvaient. Il fut impossible de parler de leurs ouvrages, car Hussonnet, immédiatement, contait des anecdotes sur leurs personnes, critiquait leurs figures, leus mœurs, leur costume, exaltant les esprits de quinzième ordre, dénigrant ceux du premier, et déplorant, bien entendu, la décadence moderne. Telle chansonnette de villageois contenait, à elle seule, plus de poésie que tous les lyriques du XIXe siècle ; Balzac était surfait, Byron démoli, Hugo n’entendait rien au théâtre, etc.
— Pourquoi donc, dit Sénécal, n’avez-vous pas les volumes de nos poètes-ouvriers ?
Et M. de Cisy, qui s’occupait de littérature, s’étonna de ne pas voir sur la table de Frédéric “quelques-unes de ces physiologies nouvelles, physiologie du fumeur, du pêcheur à la ligne, de l’employé de barrière”.
Ils arrivèrent à l’agacer tellement, qu’il eut envie de les pousser dehors par les épaules. “Mais je deviens bête !” Et, prenant Dussardier à l’écart, il lui demanda s’il pouvait le servir en quelque chose.
Le brave garçon fut attendri. Avec sa place de caissier, il n’avait besoin de rien.
Gustave Flaubert. L’Éducation sentimentale.
Mes amours,
Aujourd’hui j’avais pensé à remettre ça du côté de Michel Fugain. Trouvé un clip délectable de “Fais comme l’oiseau”, mais je crois que j’en ai vraiment ras le bol de polluer mon blog avec les dérives incontrôlées de mon esprit de dérision. En plus, le code de la vidéo a été désactivé, et ce sans doute pour notre bien, donc impossible à balancer chez moi. N’empêche, c’était pas mal cette vidéo de Fugain, encore une fois l’Empire du Bien avait snifé des paillettes, les marioles faisaient foule autour du gourou du Big Bazar. Barrières tombées, connerie toute voile dehors, vous voyez le genre.
Ironie du sort, dérision oui, puisque le stratagème se retourne contre moi. Car tandis que nos amis planent à 4 000 déguisés en mouettes (admirable femme-oiseau qui vole à 1 minute 50 sur la vidéo, vous irez voir ça sur Youtube et vous me ferez un petit feedback asap, comme on dit quand on a fait l’ESSEC en section finance), que Yannick Noah s’écrit Aux arbres, citoyens quand on écoute la radio (merde mais quand on y pense, c’est presque pire que d’entendre parler Lillian Thuram, qui l’ouvre un peu trop en ce moment selon nous, le ratio connerie/ temps de parole explose décidément tous les scores), que Jean-Michel Apathie fait de Georges Frêche son nouveau bouc émissaire (je propose quant à moi Apathie lui-même en méchoui dégoulinant comme victime expiatoire girardienne pour une société plus juste, plus lucide et surtout moins conne), il nous arrive à notre tour de nous demander comment peut-on vivre aujourd’hui dans la fureur et dans le bruit ?
Je ne sais pas, je ne sais plus, je suis perdue.
(Heureusement une bonne nouvelle, un éloge du dernier recueil de Leroy dans la chronique “La France Sarkozyenne” de François Taillandier dans l’Huma -mise en ligne dans la journée je suppose- la saine lecture du jeudi que je conseille à tous. Tiens, ben on la met dans “sites bien” sur le côté du blog, du coup).
Nous reviennent parfois
Comme un écho blanc
Des sursauts d’Occident
Des sanglots d’avant
Elle avait un vivre sanglant
Le mourir d’une jeune enfant
Son atlantique madrigal
Perçait la ligne d’océan
Pour sa ville minérale
Des passés et des maintenants