Hier soir, grosse chaleur aux abords du stade de France. Des corbeaux s’agglutinent dans un wagon du RER B, abordant un peu près le même uniforme et les mêmes sujets de conversation : Ray-ban, t-shirt noir ou pour les plus classes la chemise quand même, cheveux décolorés, bracelet de force. Une élégance de cygnes noirs pour qui les vocaux de Martin Gore sur Peace, It doesn’t matter two ou Goodnight lovers sont une partie de la vie. Certaines femmes, regroupées près des portes, sont pressées à mourir de retrouver Dave Gahan et de chanter reach out and touch faith ! avec lui, “t’imagines même pas”. Pas de doute : ce sont des modiens. Mes frères et soeurs en religion.
La performance d’hier soir mérite son commentaire. Tout l’enjeu pour DM était de claquer autant et si ce n’est mieux que lors de leurs habituels Bercys. On attendait la sonorisation au tournant, en claquant des dents pour déceler l’arnaque, se persuadant avec un pessimisme de bon aloi (on chantera Wrong tout à l’heure) que Depeche Mode ne sonne sans doute pas bien dans une si grande salle, que les nuances et les basses vont ressortir sous une forme de vomi dommageable. Depeche Mode, le groupe si “studio”, dans le sens où tout est propre, jamais acoustique, travaillé à l’extrême et trafiqué à loisir. Un diamant de taille et une leçon pour toute l’electro contemporaine. Depeche Mode, tout de même, le groupe à stades, si on se souvient bien. Le Rose Bowl de Pasadena 1988, ha oui tout de même. Et les performances live incroyables de la tournée Songs of faith and devotion. Le stade de France pouvait-il être à la hauteur du paradoxe electro-populaire qui est leur marque de fabrique depuis 1981 ?
Alors que Martin Gore arrive dans son costume de cosmonaute tout en aluminium Péchiney (private joke) et Dave en dandy parfait, maquillé aux yeux, débute In Chains, l’ouverture du dernier album, Sounds of the Universe. Effet garanti pour ce blues électrique, tandis que la voix chaude et la clarté de la guitare électrique nous laisse présager le meilleur. On dirait que cela va sonner correctement. Et même davantage lorsque Wrong retentit et que le stade s’enflamme. La gestuelle scénique de Gahan est inimitable et fameuse. Pour l’heure, nous n’avons pas encore le droit à son numéro de derviche tourneur, mais au moins au traditionnel balancement des hanches, les bras levé sur le gilet cintré. Les filles de l’assemblée sont, d’un coup, moins distraites. Hole To Feed, encore, pour le dernier album, qui n’est pas mon morceau préféré. Ensuite, on entre dans la légende : un Walking In My Shoes survolté, It’s No Good particulièrement agressif, aux basses qui tombent impeccablement sur la nuit qui débute. Avec A Question Of Time, le derviche prend du service. Tandis que le public scande “it should be better, it should be better with you”, Dave acquiesce et ne nous quitte plus. Retour vers le futur, ensuite, avec une jolie version de Precious en arpèges à la guitare électrique. Et puis là … la plus grosse surprise, le titre que personne n’attendait : Fly On The Windscreen éclaire le stade de France de sa lumière noire et synthétique, Black Celebration ayant encore de beaux jours devant lui. Ce choix ambitieux d’un morceau que Depeche Mode ne joue jamais en live, sorti du grenier, en a surpris plus d’un. A ce compte-là, on était prêts à tout entendre, des extraits du maudit Broken Frame pourquoi pas. Mais non, le rêve a ses lois.
Le groupe au complet (Alan Wilder en sus) et une fidèle, en 1990.
Martin Gore prend le micro pour deux morceaux : Little Soul, un bijou de balade ténébreuse présente sur le dernier album et Home, dont il offre une version simple au piano, calquée semble-t-il sur le remix qu’en a fait Air il y a quelques années. Dave Gahan revient pour Come Back, un titre moyen qui ne sert à rien et qu’il a d’ailleurs composé. On ne peut pas tout savoir faire à la place de Martin Gore… On s’en remet vite à Peace, le cantique étrange qui traine au milieu du dernier album, avec sa chorale au refrain, son gospel sombre. De retour à la tradition avec In Your Room (merveilleux ), I Feel You (divin, mais peut-être moins qu’en 2006, à Bercy justement), puis deux morceaux extraits de Violator en premier rappel : Policy Of Truth et Enjoy The Silence. Attendus, surtout pour le deuxième ! Enfin, on ne saurait oublier Never Let Me Down Again, avec la fameuse marée de bras balants de droite à gauche. Stripped, mais surtout Master And Servant ont ensuite bien produit leur effet, parce que singles des albums de 86 et 84, on n’a pas l’habitude de les réentendre. Strangelove, pour couronner le tout. “Pain, will you return it ? I say it again : pain !”. Pas si douloureux que cela, plutôt un moment de grâce.
Au deuxième rappel : Personal Jesus (”reach out and touch faith”, donc) et une version douce et magnifique de Waiting For The Night. Emouvants Martin et Dave, comme il y a trois ans à Bercy sur Goodnight lovers, pour nous dire au revoir. Et j’espère à bientôt.
Ouais, “reach out and touch faith”, comme on dit.
> Un très bon concert.
> Une petite revue de presse :
- Le Point
- LCI




